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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 15:09

Voici un article transmis par Thomas concernant le pâturage tournant provenant de l'association Nature et Progrès écrit par Joseph Pousset en juin 2009 mais toujours d'actualité.Il y parle de vache mais c'est la même chose pour les moutons!

Une prairie, naturelle ou temporaire, ne peut être convenablement productive que si elle est bien exploitée.
Il est particulièrement économique et « naturel » que les herbivores d’élevage, les bovins notamment, récoltent eux-mêmes l’herbe qu’ils consomment.
Les données qui suivent, largement inspirées des observations et réflexions d’André Voisin1, proposent quelques orientations à l’éleveur soucieux de valoriser au mieux le potentiel de ses prairies et de favoriser la bonne santé et la production de ses animaux dans le cadre d’une agriculture aussi « naturelle » que possible.
Le pâturage est « la rencontre de la vache et de l’herbe » et il faut tenir compte des exigences de la vache aussi bien que de celles de l’herbe.
Cependant, en dernier ressort, c’est l’animal qui va être le juge suprême de la méthode de pâturage utilisée. S’il est en bonne santé (sans l’aide de médicaments) et a une bonne production, on pourra en conclure, entre autres, que la méthode de pâturage utilisée est correcte


I. LES HERBIVORES SAUVAGES PRATIQUENT UN PATURAGE RATIONNEL
Ceci peut paraître surprenant car qui dit « rationnel » suppose intervention de la raison et donc de l’homme, autrement dit méthodes artificielles ; effectivement le pâturage tournant que l’homme fait pratiquer aux animaux domestiques est bel et bien artificiel.
En fait nous devrions plutôt parler, dans le cas de l’animal sauvage, de pâturage « raisonnable » (ou instinctif), c’est-à-dire adapté à ses besoins physiologiques. Le zèbre, le chevreuil, le buffle ou le cerf ne pâturent pas n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, leur instinct les guide vers telle ou telle herbe ou telle ou telle plante dont ils « ressentent » à un moment donné le besoin et qui leur apporte les éléments nutritifs leur permettant la meilleure santé, la meilleure fécondité, la production laitière la plus « riche » possible, en un mot les meilleures chances d’équilibre et de vie. Car tout, dans la nature, est tension vers la vie la plus intense et la
plus belle possible, compte tenu des conditions limitatives du milieu. En production agricole nous pouvons de la même façon tendre vers un équilibre optimum quantité/qualité, mais n’oublions pas que l’homme est incapable de déterminer lui-même ce meilleur équilibre pas sa « science », tout au plus peut-il en cerner certaines composantes.
Un exemple particulièrement frappant de pâturage « raisonnable » nous est donné par les bisons de l’Amérique du Nord.
Avant que les immigrés européens ne viennent stupidement les massacrer, ces animaux parcouraient par millions les grandes étendues herbeuses du continent nord-américain.
Au printemps, période où naissaient leurs petits, ils consommaient, vers le sud, une herbe riche donnant aux mères un lait de haute valeur nutritive.
Puis ils remontaient peu à peu vers le nord au fur et à mesure du développement de la végétation pâturant ainsi constamment une herbe assez jeune, mais pas trop, toujours au meilleur stade quant à sa valeur nutritive. Du fait de leur migration ils ne la cisaillaient pas une seconde fois avant qu’elle ait repoussé. A la fin de l’été, ils redescendaient en broutant les pousses d’arrière saison.
Voilà exactement ce qu’on doit rechercher dans le pâturage rationnel : fournir en permanence aux animaux une herbe de grande valeur grâce aux rotations de parcelles permettant la consommation d’une herbe au meilleur stade.
En Europe du sud et dans d’autres régions du monde, la transhumance est une forme de pâturage rationnel sur une vaste étendue. Pendant l’été on enlève les animaux des herbages de plaine plus ou moins desséchés pour les emmener sur les prairies d’altitude plus arrosées. Pendant ce temps l’herbe de la plaine reconstitue ses réserves et prépare sa repousse.
Ces observations nous aident à mieux comprendre l’intérêt d’une bonne conduite du pâturage.
L’herbivore sauvage pâture donc de façon à tirer le meilleur parti possible de sa nourriture, mais il pâture également en respectant l’herbe ou les autres végétaux pour ne pas les affaiblir et leur permettre de lui fournir une alimentation constante en qualité et en quantité.
De la même façon, le pâturage que l’homme impose à ses animaux domestiques sera véritablement « raisonnable » s’il est lui aussi tendu vers une intensité de vie maximale, c’est-à-dire la meilleure santé de l’herbe, de l’animal et finalement de l’homme qui consomme les produits animaux.
Il pourra être plus ou moins intensif, c’est-à-dire qu’on pourra chercher, à l’hectare, une production plus ou moins élevée. Il ne faut jamais oublier que d’une façon générale, plus la production recherchée sera élevée et plus les risques que le pâturage devienne « déraisonnable » seront grands.
Plus le pâturage rationnel est intensif et plus l’éleveur doit être compétent et attentif pour que soient toujours respectés la santé de l’animal et la qualité de sa production.
Il est plus facile d’obtenir une production de bonne qualité, mais faible en quantité qu’une production de même qualité, mais quantitativement élevée ; c’est pourtant le but du pâturage rationnel qui, nous le répétons, est artificiel en lui-même, mais doit imiter au maximum ce qui se passe dans la nature.

II. LE PATURAGE RATIONNEL VISE A ECONOMISER LES « FORCES » DE L’HERBE
Nous venons de voir que dans la nature sauvage, toute chose tend vers un équilibre d’efficacité maximale qui varie selon les milieux ; ainsi, dans la forêt, il y a toujours un maximum d’arbres, les plus vigoureux possible ; la notion « d’efficacité » fait donc partie de la nature et est bonne, elle devient mauvaise quand l’homme en fait « rentabilité », « profit », « bénéfice » à court terme…
Ceci pour dire que nos prairies doivent produire le maximum d’herbe de la meilleure qualité possible ; l’homme par lui-même nous l’avons vu est incapable de déterminer le juste équilibre, c’est donc la santé de l’animal qui sera le « baromètre », ainsi que, dans un deuxième temps, celle des individus consommant le lait ou ses dérivés.
Chacun sait que si on fait pâturer trop souvent ou qu’on laisse les animaux trop longtemps sur une parcelle, l’herbe a du mal à repousser. Ceci montre bien que les plantes de l’herbage doivent se « reposer » suffisamment longtemps entre deux cisaillements successifs par la dent de la vache, comment cela s’explique-t-il ?
Mécanisme de repousse de l’herbe
Lorsqu’une plante d’herbage a été coupée, il ne lui reste que très peu de partie aérienne capable, par photosynthèse, de créer les éléments nécessaires pour la formation de nouvelles cellules. Il faut donc que l’herbe, au moment de la coupe, possède dans ses parties basses suffisamment de réserves pour permettre la repousse ; nous ne nous étendrons pas ici sur la nature de ces substances de réserves (matières grasses, hormones de croissance…).
Immédiatement après la coupe, l’herbe, ne disposant que de ses réserves et de très peu de chlorophylle, pousse lentement, puis elle réussit à créer suffisamment de cellules vertes qui vont fournir des éléments pour créer d’autres cellules vertes, c’est une véritable réaction en chaîne qui se produit alors et qui correspond à une pousse rapide, c’est la « flambée de croissance ». A la fin de cette période de croissance rapide, l’herbe renouvelle ses réserves puis ralentit ses synthèses de cellules vertes pour se mettre à fabriquer les organes de reproduction : fleurs et graines, elle s’arrête alors de grandir.
A quelle hauteur faut-il exploiter l’herbe ?
Le meilleur moment est très difficile à déterminer ; les bons agriculteurs savent, depuis toujours, à quel moment une herbe doit normalement être pâturée, c’est une question de « coup d’oeil » ; on peut dire, en général, que le meilleur moment pour le pâturage se situe entre 12 et 18 centimètres de hauteur ; en fait, dans la pratique, cette hauteur sera souvent supérieure en début de saison et inférieure en arrière saison.
De plus, les dates de mise à l’herbe ne dépendent pas que de la hauteur de cette herbe ; elles sont aussi fonction des conditions climatiques, si le temps est sec et que l’herbe végète, il faut bien que les vaches mangent quant même.
Il faut cependant s’efforcer de faire cisailler l’herbe au moment voulu pour ménager les « forces » de la prairie et avoir un tapis végétatif abondant et de bonne qualité. On peut y parvenir par une bonne rotation des parcelles qui est en quelque sorte la mise en oeuvre pratique de l’aspect « rationnel » évoqué précédemment.

En ce qui concerne la détermination du meilleur moment pour la fauche, c’est un problème différent que nous n’allons pas traiter ici.
La coupe, que ce soit par l’animal ou la faucheuse, est toujours une épreuve pour l’herbe ; dans le pâturage rationnel on s’efforce de laisser à la plante un temps de repos suffisant pour qu’elle puisse reconstituer ses réserves et repartir dans de bonnes conditions. Il ne faut pas oublier non plus qu’un broutage trop poussé fait récolter par l’animal des quantités moindres d’une herbe plus pauvre.


III. LE PATURAGE RATIONNEL DOIT PERMETTRE A L’ANIMAL DE RECOLTER BEAUCOUP D’HERBE DE BONNE QUALITE, TOUT EN RESTANT EN BONNE SANTE
Pour avoir une production élevée, il ne suffit pas que la vache mange une herbe riche, il faut également qu’elle accepte et soit capable de la manger en quantité importante.
Il existe différentes méthodes pour mesurer la masse d’herbe récoltée par l’animal ; nous ne nous y attarderons pas.
La quantité de matière verte récoltée par la vache dépend :
- de la hauteur moyenne de l’herbe
On considère généralement que la vache peut récolter le maximum d’herbe lorsque cette dernière a une hauteur de 10 à 15 cm ; ceci s’explique assez bien si on considère le mécanisme du broutage. Si l’herbe est trop courte, l’animal en prendra moins à chaque bouchée, si elles est trop longue, il enfonce généralement son mufle jusqu’à la base des plantes, en saisit une bouchée importante mais relève la tête pendant quelques secondes pour la mâcher légèrement avant de l’avaler, « perdant » ainsi du temps.
Il y a donc une hauteur moyenne de l’herbe qui permet à la vache le travail le plus efficient de récolte.
Dans une expérience conduite par le professeur Johnstone-Wallace (USA), les vaches récoltaient quotidiennement, en moyenne, 68 kg d’herbe fraîche avec une herbe de 10 cm contre seulement 32 kg avec une herbe de 25 cm.
- de l’appétence de l’herbe
Une herbe qui est jugée « bonne » par l’analyse chimique ne l’est pas forcément par la vache et inversement…
- de l’animal lui-même
Il existe des animaux capables de récolter plus d’herbe que les autres et différentes expériences tendent à montrer que cette aptitude de la vache au pâturage serait un caractère héréditaire.
On a pensé qu’il existait des animaux capables de brouter plus vite que les autres ; en fait des expériences néozélandaises ont montré que le nombre de coups de mâchoires à la minute que peuvent donner les vaches est relativement constant. Ce qui varie, par contre, c’est le temps de broutage ; il n’y aurait donc pas de brouteuses lentes et de brouteuses rapides, mais des brouteuses à temps de récolte long et des brouteuses à temps de récolte court.
Cette notion de temps de récolte est importante, car elle conditionne grandement la quantité d’herbe totale récoltée par la vache. Les différentes études qui ont été menées à ce sujet de par le monde (Etats-Unis, Nouvelle- Zélande…) ont montré que le temps quotidien que consacre une vache à pâturer n’est pratiquement jamais supérieur à huit heures quels que soient l’état de la prairie et sa surface ; il peut, par contre, être nettement inférieur et, de toute façon, apparaît comme un caractère héréditaire variable selon les animaux.
Si l’animal ne peut pas dépasser huit heures de broutage par jour, c’est que cette récolte de l’herbe représente pour lui une grosse dépense d’énergie.
Johnstone-Wallace et Kennedy, étudiant les principes réglant la récolte de l’herbe par la vache ont également abouti à la conclusion surprenante suivante :
L’avancement de la lactation et le stade de gestation ne semblent pas exercer d’influence sur la quantité d’herbe que la vache récolte. D’autres chercheurs par contre, ont estimé qu’une vache en pleine production récolte plus d’herbe. La question reste posée, mais de toute façon, nous dirons, avec André Voisin, que « la vache qui est capable de récolter plus d’herbe va produire plus de lait », autrement dit, une vache qui récolte beaucoup d’herbe produit beaucoup de lait. Ceci conduit à affirmer qu’il est indispensable de sélectionner de bonnes brouteuses. Ce n’est guère le cas à l’heure actuelle où on cherche surtout les « gouffres à concentrés » (je n’ignore pas cependant que des remises en cause existent).
- du troupeau où se trouve cette vache

Les vaches ont un instinct grégaire assez développé, elles ont généralement tendance à se déplacer, à pâturer, à ruminer ou à se coucher ensemble, il semble qu’il y ait véritablement un « esprit de troupeau » et que l’animal s’y soumette plus ou moins ; il est probable que le troupeau est dirigé par une ou deux vaches maîtresses (ou par le taureau s’il y en a un) qui ont tendance à imposer leur rythme aux autres.
Ceci a une conséquence importante : si la vache leader a un temps de broutage court, elle risque de défavoriser les animaux à temps de broutage long qui ne pourront pas exprimer toutes leurs potentialités ; il semble donc intéressant, lorsque c’est possible, de diviser le troupeau en groupes d’individus ayant un temps de récolte relativement identique (pas facile !).
Production laitière d’une vache qui récolte de l’herbe
Au cours du travail de récolte, l’animal dépense une certaine quantité d’énergie ; cette dépense doit être compensée par un apport alimentaire qui ne peut pas être utilisé pour la production.
Une brouteuse normale peut cependant avoir une excellente production laitière (de l’ordre de 25 litres par jour) en mangeant uniquement une herbe de bonne qualité et je pense que c’est là une situation raisonnable. On peut évidemment « pousser » la production de l’animal en lui fournissant une complémentation sous forme de concentrés (céréales, tourteaux), comme on le fait habituellement en agriculture classique (et aussi en agriculture biologique quelquefois).
Pour ma par je n’y suis pas favorable2, sauf cas particulier ; il faut chercher une production élevée, mais raisonnable et « normale » ; ceci est souhaitable pour la santé de l’animal (et de l’homme) et il n’est pas dit qu’en pratiquant ainsi on ne soit pas gagnant même sur le plan économique : pas d’aliments à acheter pour la complémentation, longévité des animaux augmentée, frais vétérinaires diminués…
Quoi qu’il en soit, si on pratique exceptionnellement la supplémentation des vaches au pâturage, on le fera sans « forcer ». Il n’y a pas de règles précises, c’est à l’agriculteur de connaître suffisamment ses animaux et de savoir que telle vache a besoin de telle quantité d’aliments complémentaires à tel moment. C’est une question de « doigté » qui s’acquiert avec l’expérience. Quant à l’utilisation pratique possible des tables d’alimentation, il vaut mieux être très prudent, tout au plus ne peuvent-elles donner que des indications moyennes.
La production de lait diminue rapidement lorsque les vaches restent trop longtemps sur une parcelle Ce qui détermine la production laitière de l’animal n’est pas directement la masse d’herbe verte broutée, mais la quantité d’éléments nutritifs que contient cette herbe récoltée.
Quantité d’éléments nutritifs absorbée par l’animal = masse d’herbe récoltée x teneur de cette herbe en éléments nutritifs.
Or, nous avons vu que la vache peut récolter le maximum d’herbe de la meilleure qualité lorsque cette herbe a entre 10 et 15 centimètres de hauteur ; par la suite, l’animal récolte de moins en moins d’une herbe de plus en plus médiocre, sa production s’en ressent obligatoirement et chute progressivement, ceci pose deux problèmes :
- le problème de la division en groupes du troupeau ;
- celui du temps de pâturage et du temps de repos entre deux passages des animaux.
Nous allons en reparler.
D’après les expériences du centre d’expérimentation de Courcelles-Chaussy (Moselle) la production baisse sérieusement dès le troisième jour et cette diminution est de 15% à partir du septième jour.
L’animal doit se maintenir en bonne san

Il doit trouver une variété d’espèces prairiales suffisamment grande pour conserver cette santé ; ceci pose, entre autres, le problème de certaines prairies temporaires souvent productives mais dont la flore est trop simplifiée.
Le pâturage rationnel demande de grandes précautions et une bonne maîtrise de la part de l’éleveur, car du « rationnel » à « l’artificiel » et au « productivisme » il n’y a vraiment qu’un pas qu’il ne faut surtout pas franchir, surtout en agriculture biologique, si on veut que l’animal soit en bonne santé. Il faut en particulier pratiquer une mise à l’herbe progressive et ne jamais faire pâturer une herbe trop jeune ; ceci veut dire entre autres que les temps de repos de l’herbe doivent être suffisamment longs.

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