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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:32

Et encore un peu de lecture:

IV. LOIS FONDAMENTALES DU PATURAGE RATIONNEL
Nous allons maintenant exposer les techniques fondamentales du pâturage tournant rationnel telles que les appliquait André Voisin avec cependant quelques modifications que je pense devoir introduire dans l’esprit d’une agriculture naturelle.
Quatre lois en sont la base :
- Première loi
Pour qu’une herbe pâturée fournisse sa productivité maximale, il faut qu’entre deux cisaillements successifs parla dent de l’animal il se soit écoulé un temps suffisant permettant à cette herbe :
- d’accumuler dans ses racines les réserves nécessaires à une bonne repousse ;
- de réaliser sa croissance la plus rapide (ou « flambée de croissance »).
Ce temps de repos est variable selon le lieu, la saison, l’année mais on peut déterminer une moyenne dans chaque situation.
- Deuxième loi
Le temps global d’occupation d’une parcelle doit être suffisamment court pour qu’une herbe cisaillée au début du temps d’occupation ne soit pas de nouveau broutée avant que les animaux quittent la parcelle.
- Troisième loi
Il faut aider les animaux ayant les besoins alimentaires les plus élevés à récolter une quantité élevée d’herbe, de la qualité la meilleure possible.
- Quatrième loi
Pour qu’une vache fournisse des performances régulières l’observation montre qu’il ne faut pas qu’elle demeure plus de trois jours sur une même parcelle. Les performances seront maximales si l’animal ne demeure pas plus d’un jour sur la même parcelle (pas facile à mettre en pratique !).

V. LA PRATIQUE DU PATURAGE RATIONNEL
La division de la surface pâturée en parcelles et la division du troupeau en groupes
Quand on établit le plan d’un pâturage rationnel, il faut d’abord fixer le nombre des parcelles. On en déduit ensuite leur surface. C’est en effet le nombre des parcelles et non leur surface qui détermine les temps de repos.


Nous avons vu l’importance considérable qu’il faut attacher à ce temps de repos ; rappelons que l’animal doit consommer une herbe suffisamment avancée en végétation, d’une hauteur de 10 à 15 centimètres, et ceci pour trois raisons :
- la plante a ainsi le temps de reconstituer ses réserves dans de bonnes conditions et de réaliser sa « flambée de croissance » ;
- elle constitue une nourriture équilibrée et saine, à l’inverse d’une herbe jeune trop riche en azote ;
- la vache peut en consommer des quantités élevées.


C’est donc ce temps de repos de l’herbe que nous allons prendre comme critère de base.


Il varie en début d’été, dans les régions tempérées, entre un mois et un mois et demi environ, il est plus faible dans les régions à climat doux et humide (ouest et sud-ouest de la France) que dans les secteurs plus froids et secs ; il est également bien sûr assez variable selon les années et le sol.


Ce temps de repos à observer n’est pas fixe au cours de l’année, il change selon les saisons ; il pourra être, par exemple, de quarante-cinq jours en fin d’été et de vingt jours en mai/juin. C’est à l’agriculteur, selon les conditions locales, de le déterminer, ce qui est d’ailleurs généralement fait de façon empirique depuis longtemps.


Nous avons donc déterminé une première chose : le meilleur temps de repos pour l’herbe.


Nous allons immédiatement aborder un second problème à résoudre : le temps de séjour des animaux et la division du troupeau en groupes.


Temps de séjour optimum des animaux sur une parcelle
Nous avons déjà souligné le fait que la production laitière de la vache diminue rapidement si on la laisse trop longtemps sur la même parcelle ; illustrons ce fait par quelques observations chiffrées faites au Centre national d’expérimentions agricoles de Courcelles-Chaussy (Moselle) ; avec une durée de séjour de 2 à 7 jours, le pourcentage de production laitière d’une journée par rapport à la précédente donne les chiffres suivants :

Production du 1er jour : 100,00
Production du 2ème jour : 101,70
Production du 3ème jour : 97,70
Production du 4ème jour : 95,00
Production du 5ème jour : 90,40
Production du 6ème jour : 89,10
Production du 7ème jour : 85,80


Il va de soi qu’il ne faut pas accorder une importance exagérée à ces chiffres qui ne sont pas toujours vérifiés dans la pratique, ils mettent cependant en évidence une tendance très réelle.


A partir de là on peut en déduire que le temps théorique de séjour optimum de l’animal sur la parcelle est de un jour, car il faut bien noter que la production supérieure du deuxième jour, dans le cas de l’expérience, est due à ce que l’animal a mangé le premier jour (phénomène dû à une certaine « inertie » de l’appareil digestif animal).


En fait, dans la pratique, il est difficile de respecter ce temps de séjour de un jour, car il aboutit soit à diminuer les temps de repos de l’herbe, ce qui est très dangereux, soit à augmenter exagérément le nombre de parcelles, ce qui n’est pas pratique.


La division du troupeau en groupes
Il est intéressant que les animaux les plus productifs soient placés dans des conditions leur permettant de récolter davantage d’herbe ; la division du troupeau en groupes permet d’atteindre cet objectif ; les vaches les plus productives ou en pleine lactation passent d’abord pour « écrémer » l’herbe et les autres viennent derrière.


Il faut bien noter que cette division du troupeau en groupes diminue peu les temps de repos. Si on a, par exemple, un système avec vingt parcelles et un troupeau séjournant deux jours sur chaque parcelle, le temps de repos pour chaque parcelle est de 20 jours au total moins une parcelle occupée, c’est-à-dire 19, multiplié par le temps de séjour qui est ici de deux jours ; on aboutit donc à un temps de repos de 38 jours pour chaque parcelle.


Nombre de parcelles au repos x temps de séjour = temps de repos.
Avec 2 groupes le temps de repos devient : (20 – 2) x 2 = 36 jours.
Et avec 3 groupes : (20 – 3) x 2 = 34 jours. etc.


On voit donc que le temps de repos de l’herbe est peu modifié par le nombre de groupes qui pâturent.

Quel est le meilleur temps de séjour et le nombre de groupes optimum ? C’est évidemment variable selon les conditions locales, la composition et l’importance du troupeau, etc. On peut cependant donner, comme solution moyenne, 2 jours de séjour avec un troupeau divisé en 2 groupes, mais il va de soi que ceci est une solution moyenne et répétons que c’est à chaque agriculteur, s’il veut faire du pâturage rationnel, d’adapter les principes de base à son cas propre en ayant toujours comme souci de respecter le temps de repos de l’herbe. Il faut
également que la parcelle soit convenablement broutée (ni trop, ni trop peu) et ce facteur peut, lui aussi, entraîner une variation du temps de séjour.


Nous allons maintenant pouvoir calculer le nombre de parcelles.

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

Après avoir calculé le nombre des parcelles on peut déterminer leur surface et le nombre d’animaux qu’on y met.


En théorie, le calcul est simple, si on a par exemple 20 hectares d’herbage et qu’on ait besoin de 20 parcelles donnant à peu près la même quantité d’herbe ; leur surface réelle variera donc autour de la moyenne calculée en fonction de leur situation, du sol, de l’état de leur flore, etc.


L’agriculteur doit aussi tenir compte des divisions déjà existantes et en particulier des haies et des talus qu’il ne faut surtout pas supprimer sauf cas de nécessité majeure (morcellement excessif).

Et la charge en bestiaux ?
Elle ne peut être déterminée qu’expérimentalement sur le terrain, par l’éleveur lui-même qui verra le nombre total d’animaux que peut nourrir son herbage ; mieux l’herbage sera conduit et plus cette charge pourra être élevée, en restant cependant dans les limites raisonnables.


Exemples théoriques simples de plans de division


 Les clôtures
Il est bon que chaque grande parcelle à diviser soit entourée par une clôture fixe en fil de fer (ou, encore mieux,par une haie) ; les clôtures servant à délimiter les parcelles du rationnement sont plus légères pour qu’on puisse les déplacer au début, pendant la période de tâtonnement et même par la suite, si le besoin s’en fait sentir. La clôture électrique est évidemment une clôture mobile pratique (bien que pas toujours très sûre).


La disposition des barrières et ouvertures doit rendre les déplacements des animaux aussi commodes que possible.


 Le problème de l’eau
Il faut s’arranger pour que le ou les groupes puissent s’abreuver en permanence ; la résolution pratique de ce problème avec le minimum de difficulté est une question d’astuce personnelle de l’exploitant et aussi évidemment de cas particuliers. Divers systèmes sont possibles, en voici trois exemples théoriques simples, modifiables et adaptables.

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

La conduite pratique du pâturage


 La mise à l’herbe
Il est bien connu qu’elle doit toujours être progressive pour éviter les accidents, je n’insiste pas sur ce point qui doit toujours être respecté.


Mais la mise à l’herbe dans le cas du pâturage rationnel doit être conduite avec un soin particulier ; en effet, si on attend que l’herbe des premières parcelles ait suffisamment poussé pour y mettre les animaux, les dernières parcelles de la première rotation risqueraient d’avoir une herbe durcie et trop longue. Au contraire, si on les fait pâturer trop tôt, on risque de retarder la repousse de l’herbe. Il faut donc trouver un juste milieu et faire pâturer les premières parcelles un peu avant que l’herbe ait atteint sa longueur optimale. On peut également résoudre
partiellement le problème en faisant au début de l’année des apports de purin ou lisier fermentés en conditions aérobies ou au moins très étendus d’eau, à des doses variables selon les parcelles. On effectue les apports les plus importants dans les parcelles pâturées les premières. Les dernières ne recevront qu’un faible apport. On a ainsi une repousse progressive de l’herbe et, à la deuxième rotation, les premières parcelles, fortement soutenues par le purin, auront bien repoussé. Ceci suppose bien sûr qu’on dispose de lisier ou de purin au bon moment.


Le déprimage d’une partie des parcelles est aussi une solution pour retarder leur démarrage (et, dans certains cas, pour limiter le salissement) ; veiller à ce qu’il soit effectué dans de bonnes conditions (sol ressuyé).


Il est aussi bien connu que la date de mise à l’herbe a une influence sur la flore de l’herbage, car selon qu’une plante est cisaillée à une période plus ou moins sensible de sa végétation, elle repoussera plus ou moins bien, sera dominée par les autres herbes ou, au contraire, les étouffera. Il importe donc de faire la mise à l’herbe chaque année sur des parcelles différentes pour que des différences de flore entre les parcelles ne se fassent pas peu à peu sentir au cours des années.


La conduite en cours d’année
Elle est avant tout liée au coup d’oeil et à l’habileté de l’éleveur. Nous avons dans les pages précédentes énoncé un certain nombre de principes et cité quelques chiffres mais, nous l’avons déjà dit et nous le répétons, il ne s’agit surtout pas de règles rigides. Ce n’est pas l’homme qui commande, mais l’herbe et l’animal. Si l’herbe pousse plus vite que prévu, il ne faudra pas hésiter à prolonger un peu le temps de séjour, dans le cas contraire on le diminuera et on fera appel à une autre parcelle mise en réserve ou à une source alimentaire extérieure à la
surface de l’herbage (voir paragraphe suivant).


Il est évident également que l’ordre dans lequel on utilise les parcelles doit être commandé par la pousse de l’herbe.

Comment compenser les variations saisonnières de la production d’herbe ?


L’herbe ne pousse évidemment pas à la même vitesse tout au long de l’année, nous l’avons dit en parlant des temps de repos qui varient selon les saisons. Les animaux, eux, doivent manger tout au long de la saison de pâturage ; il est donc nécessaire de compenser les fluctuations de pousse de l’herbe.


Nous avons pour ce faire quatre moyens :


- introduction ou retrait de parcelles dans le système de pâturage ;
- pâturage de prairies temporaires ou de fourrages verts ;
- affouragement avec des aliments verts ;
- affouragement avec des aliments secs (céréales…).


La variation du nombre des parcelles broutées
Cette technique est utilisée depuis très longtemps ; elle consiste à faucher certaines parcelles au printemps, pour avoir du foin et à les faire pâturer ensuite au fur et à mesure des besoins : c’est le pâturage des regains.


Exemple : on veut un temps de repos de 42 jours en fin d’été et de 18 jours au printemps et on obtient cette modification uniquement par la variation du nombre de parcelles pâturées. Si le temps d’occupation est de 2 jours, il faut :
- en septembre au repos 42 : 2 = 21 parcelles avec, en plus, la parcelle occupée cela fait 22 parcelles ;
- au printemps, seulement 18 : 2 + 1 = 9 + 1 = 10 parcelles.


Au printemps, il y aura donc 12 parcelles qui seront fauchées et introduites dans la rotation au fur et à mesure des besoins en cours d’été.
Il est évident, d’un autre point de vue, que le nombre de parcelles fauchées sera aussi fonction des besoins en foin de l’exploitation.


D’une façon générale, il ne faut pas prévoir le nombre des parcelles « trop juste » pour éviter par exemple d’être à la merci d’une sécheresse inattendue.


Pâturage de prairies temporaires ou de fourrages verts – renfourrage à l’étable avec des aliments verts
Sur les exploitations de polyculture-élevage pratiquant l’agriculture biologique il est généralement nécessaire d’introduire la prairie temporaire à base de légumineuses dans la rotation. Ces prairies temporaires peuvent servir à compenser les fluctuations de la pousse de l’herbe soit sous forme de renfourrage en vert à l’étable ou à la stabulation soit sous forme de pâturage.


On peut également avoir recours aux fourrages verts : choux de printemps et d’hiver, colza, féverole, navette,
etc. et les engrais verts utilisables comme fourrages.
Je ne m’étends pas sur ces techniques qui sont connues depuis fort longtemps ; à chaque agriculteur de les utiliser au mieux selon les conditions de son exploitation.


L’affouragement avec des aliments secs
Le renfourrage avec des aliments secs (foins céréales) doit normalement être réservé à l’alimentation hivernale mais il peut se faire, lors d’années à conditions climatiques extrêmement mauvaises (sécheresse prolongée, froid très précoce ou très tardif, etc.), qu’on soit obligé de le pratiquer pendant la saison de plein pâturage. Ceci doit rester, en élevage biologique de bovins, une pratique liée aux conditions climatiques et ne pas devenir une forme d’intensification toujours risquée vis-à-vis de la santé des animaux et de la qualité des produits laitiers.


L’accélération à contretemps : « accident » du pâturage tournant
On doit toujours respecter les temps de repos pour ne pas risquer d’être pris au dépourvu et manquer d’herbe.
Dans le cas contraire il se produit ce qu’André Voisin appelle l’accélération à contretemps.
Exemple : dans une parcelle donnée, on met les animaux alors que l’herbe n’a pas suffisamment repoussé. Ce pâturage trop précoce empêche la flambée de croissance de s’exprimer pleinement. Lors du prochain passage l’herbe, affaiblie, a encore moins repoussé.


On abrège alors le séjour et les vaches arrivent sur la parcelle suivante qui n’a pas elle non plus le temps de bien redémarrer. Les temps de séjour et de repos se raccourcissent alors de plus en plus et on a de moins en moins d’herbe…


Une variation du pâturage rationnel : le pâturage rationné avec fil électrique mobile

Le pâturage au piquet
Le pâturage au piquet (ou pâturage au tière en Normandie) est une forme extrêmement ancienne mais très raffinée de pâturage rationnel puisqu’on rationne chaque animal individuellement ; elle a l’inconvénient de demander beaucoup de travail, en particulier pour l’abreuvement. En agriculture de subsistance elle peut constituer une excellente solution4. Actuellement le pâturage au piquet n’est plus guère utilisé sauf dans de rares
fermes soi-disant « retardées » ou, parfois, dans le cas des taureaux.


Le pâturage rationné actuel
Le pâturage rationné au fil électrique est une technique utilisée maintenant un peu partout. On peut distinguer,
en gros, trois variantes :
a) Pâturage avec un seul fil électrique mobile :

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

Cette méthode est commode mais présente à mon avis des inconvénients :


- elle favorise beaucoup le piétinement de la prairie aux alentours du point d’eau autour duquel la flore se dégrade (remarquons, cependant, que c’est un inconvénient de presque toutes les techniques de pâturage avec point d’eau fixe) ;
- l’herbe se trouvant dans la partie pâturée est cisaillée plusieurs fois avant d’avoir pu repousser
convenablement et les temps d’occupation dans les diverses parties de la parcelle sont très différents ;
- quand la pousse de la prairie va se ralentir on va attribuer une plus grande surface à pâturer aux animaux et mettre à leur disposition une herbe jeune, déséquilibrée et qui n’a pas le temps de réaliser sa croissance maximale. Ici l’erreur est encore plus facile à commettre que dans le pâturage rationnel avec rotation de parcelles.

b) Pâturage avec deux fils électriques mobiles et un couloir d’accès au point d’eau

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

On ne bouge qu’un seul fil et il n’y a pas de chevauchement avec la portion précédente (le fil avant devient le fil arrière). Cette seconde méthode est un peu plus compliquée que la précédente, mais elle évite le piétinement de la prairie autour du point d’eau (puisque ce dernier est en dehors) et les coupes trop fréquentes de l’herbe puisque les animaux ne retournent pas sur la partie broutée par contre le tassement entre les deux fils, bien que momentané, peut être très fort, surtout si le chargement est important ; de plus il peut y avoir des batailles dans
certains troupeaux avec certaines races.


c) Pâturage avec deux fils électriques mobiles, couloir d’accès au point d’eau et combinaison d’une surface d’herbe fraîche et d’une surface pâturée

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

On bouge les 2 fils avec chevauchement de la nouvelle portion sur la précédente.


Cette dernière technique de pâturage rationné au fil semble la plus satisfaisante, elle diminue en effet le tassement excessif du sol à l’endroit où pâturent les animaux puisque la surface allouée est plus grande ; on peutd’ailleurs doubler cette surface allouée (en respectant toujours la proportion herbe fraîche / herbe à demipâturée) et ne déplacer les clôtures que tous les deux jours.


 Que penser du pâturage rationné au fil électrique en agriculture naturelle ?
On a dit parfois que le pâturage rationné5 permettait une production supérieure à celle qu’on peut obtenir par rotation de parcelles. Je ne pense pas que ce soit vrai, tout au moins pas toujours.
En outre, la rotation des parcelles est plus souple d’emploi et respecte mieux les exigences de l’herbe et la santé de l’animal si elle est bien conduite. On constate quelquefois dans le pâturage rationné (même bien conduit) que les animaux mangent avec avidité et trop vite. De plus le risque de faire pâturer une herbe trop jeune est réel comme nous l’avons vu.


Le pâturage rationné au fil électrique est possible en agriculture biologique surtout dans les cas particuliers où il n’y a pas de retour sur la parcelle (pâturage de fourrages annuels par exemple). On doit veiller à ce que sa mise en oeuvre respecte les principes précédemment évoqués du bon pâturage raisonné ou rationnel


Quelques mots sur le pâturage continu (ou pâturage « libre »)

Le pâturage continu consiste à mettre les animaux sur de très grandes parcelles et à les y laisser pendant toute la saison de pâturage ou au moins pendant la plus grande partie de celle-ci.
Une version moderne est le « full grass » des Britanniques : les vaches pâturent en permanence un tapis herbeux constamment dru et assez ras entretenu par des apports réguliers d’engrais azotés chimiques.
Ce type de full grass est évidemment banni en agriculture naturelle mais le pâturage continu n’est pas forcément exclu pour autant. Peu pratiqué en élevage laitier où on effectue presque toujours une certaine rotation des parcelles il est plus ou moins présent dans les grandes régions d’élevage de bovins à viande.
Il ne veut pas vraiment dire pâturage libre car même si l’animal dispose d’une grande parcelle il est quand même limité par des clôtures.
Il n’est pas en lui-même défavorable à la santé des animaux car les prairies conduites de cette façon ont souvent une flore variée (parfois dégradée) avec de nombreuses plantes à propriétés médicinales.
Il présente l’avantage d’exiger peu de travail. Cependant il conduit au début de la pousse à un gaspillage de l’herbe et, en pleine saison, à un affaiblissement des plantes qui sont cisaillées avant d’avoir pu reconstituer leurs réserves. L’animal ne peut récolter une quantité élevée qu’au printemps pendant une période assez courte.


Son efficacité dépend aussi bien sûr du climat et du terrain considéré mais d’une manière générale il ne permet guère productivité et intensification, même raisonnables, surtout en élevage laitier. Sauf peut-être quand on a la chance de disposer d’un tapis herbeux très homogène et régulier. Dans tous les cas on doit veiller à un bon entretien des prairies, notamment une fauche régulière des refus et des adventices.

Conclusion : le pâturage rationnel peut être la pire ou la meilleure des choses
En agriculture biologique notre souci primordial est le respect des lois naturelles pour obtenir une production de haute qualité mais également raisonnablement abondante.


Depuis toujours l’homme a cherché à faire pâturer une herbe permettant aux herbivores domestiques une bonne production. Cette conduite qu’on peut appeler le pâturage rationnel, a été pratiquée de tout temps que ce soit par les bergers sous la forme de la transhumance (qui est un pâturage rationnel à très grande échelle) ou par la vieille femme qui fait pâturer sa vache au bord du chemin. Nous avons vu également que l’herbivore sauvage pratique en quelque sorte un pâturage « rationnel » c’est-à-dire adapté instinctivement à ses besoins.


Voilà le point capital : l’animal doit pouvoir pâturer selon ses besoins ; besoins de sa santé et besoins d’une production abondante et de qualité.


D’ailleurs seul un animal en bonne santé donne une production satisfaisante en quantité et en qualité.


Le pâturage rationnel bien conduit est donc la meilleure des choses puisqu’il vise à satisfaire au mieux tous les besoins de l’animal ainsi que les exigences de l’herbe, la combinaison de ces deux « respects » permettant la meilleure production (pas forcément la plus abondante en quantité).


Mais s’il est mal conduit, visant uniquement les quantités produites et la rentabilité immédiate, basé uniquement sur les connaissances réelles mais fragmentaires et incomplètes de la « science » officielle, il devient la pire des choses, en particulier s’il s’appuie trop sur la prairie temporaire à flore mono spécifique.


Comment connaître les vrais besoins de l’animal et les exigences de l’herbe ? Dans ce domaine, l’intelligence, le bon sens, l’observation de la nature, l’expérience pratique et l’expérimentation sur le terrain sont irremplaçables. Nous avons parfois besoin de retrouver le savoir de certains vieux bergers.


La technique de pâturage que nous avons décrite, si elle est bien utilisée, respecte la vitalité du sol, de la plante et de l’animal et permet à ce dernier une production élevée. A chaque éleveur de l’expérimenter, de l’adapter à son cas propre, et de la perfectionner.

Le paturage "tournant": importance, conception et conduite 2° PARTIE

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