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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 12:41

 

Gérer le parasitisme ovin en Bretagne.

 

Le groupe mouton a pu suivre une formation avec Émilie SALESSE vétérinaire. Les participants ont reçu des documents plus complets mais ici on va donner une petite synthèse . Tout éleveur, quel que soit son élevage (traditionnel, bio, petit ou grand) est confronté aux dégâts des parasites.

Les pertes économiques sont surtout dans la dégradation de l'état des agneaux et agnelles de renouvellement.

 

Nous avons déjà publié des articles sur ce sujet (http://www.brebis-en-bretagne.fr/article-quelques-idees-pour-l-emploi-raisonnee-des-vermifuges-ovins-novembre-2012-112836789.html ) avec des réflexions sur : comment éviter des résistances aux vermifuges en ne favorisant pas la survie des parasites résistants – l'utilité des coprologies – l’acquisition d'une immunité contre les parasites par les ovins adultes – les strongles présents en Bretagne etc.

 

Émilie a insisté sur les connaissances techniques nécessaires pour élaborer la stratégie qui correspond à son troupeau, ses lots, le parcellaire, l'alimentation – pour minimiser l'impact du parasitisme. Chaque exploitation est unique. Ceci concerne en particulier les éleveurs dont les mises-bas sont au printemps avec souvent les agneaux qui pâturent avec les mères. Le pâturage est important dans l'alimentation , souvent de mars à décembre. Élever des agneaux à l'herbe nécessite une stratégie bien réfléchie car lorsqu'on constate des dégâts (perte d'état, diarrhée) il est déjà trop tard.

 

Connaissance du milieu - le climat en Bretagne avec des périodes pluvieuses, peu de gel, et des périodes sèches avec souvent de la rosée.

 

Connaissance des cycles de vie des parasites - ici il va être question des strongles. Il est possible que les strongles Haemonchus ne sévissent pas chez vous mais les deux autres (Teladorstagia et Trichostrongylus) sont sûrement là sur les pâtures utilisées par les ovins .

ci-dessous un schéma qui vient de http://creuse-agricole.reussir.fr/actualites/parasitisme-interne-des-ovins-l-infestation-parasitaire-des-ovins-bien-evaluer-le-risque-pour-une-meilleure-maitrise:UFHGXK51.html

 

 

 

Un petit rappel du cycle : les larves L3 attendent sur les herbes qu'un ovin les mangent . Une fois ingérées elles se reproduisent dans les intestins et des larves pondent des œufs (ceci prend environ 21 jours). Les œufs sont excrétés (il y a ici des stades L1 et L2 qui ne nous concernent pas) et les larves L3 sortent des crottes après 7j dans l'humidité des herbes et le sol (max 1cm )

Les L3 ont besoin d'un ovin pour continuer ce cycle. Sans moutons elles meurent – mais elles peuvent résister jusqu’à un an et le gel léger ne les tue pas. Ce cycle de 28j environ se passe du printemps jusqu'à l'automne. On voit qu'au fil des cycles de 28j il y aura plusieurs générations de L3 qui viennent s'ajouter au nombre sur le sol d’où un pic en fin d'été début d'automne.

En automne les L3 ingérées restent en hypobiose (dormant) dans les intestins jusqu'au printemps où elles complètent leur cycle et les œufs sont excrétés en nombre à ce moment là .

Si les L3 sont ingérées par des ovins résistants (âgés de plus de 18mois) leur reproduction va être arrêtée (d’où l'intérêt de faire pâturer ces ovins sans les vermifuger- effet aspirateur et maintien d'une population de strongles variés)

On peut estimer qu'à un moment donné, 85à 95% des L3 sont sur les pâtures, dans le premier cm du sol et dans les crottes en train d'attendre d'être broutées par un ovin . Il est illusoire d'imaginer qu'on va les éliminer . Il font partie de l’écosystème des ovins . Le tout est de trouver un équilibre.

LARVES L3 DANS UNE GOUTTE D'EAU SUR L'HERBE

LARVES L3 DANS UNE GOUTTE D'EAU SUR L'HERBE

Fourchettes de temperature d'activité des principaux strongles, avec T° à risque élevé.

Fourchettes de temperature d'activité des principaux strongles, avec T° à risque élevé.

L'impact des L3 sur les animaux

Tout dépend de la quantité de L3 d'une même espèce ingérée et du degré d'immunité des ovins .

Seulement une infestation massive dans la durée de L3 actives va entraîner des troubles.

    • les principales réactions chez les agneaux vis à vis des L3 vont être la perte d’appétit et le développement de la réponse immunitaire, ce qui va mobiliser de l’énergie . L'impact commence bien avant les symptômes visuels (perte état , diarrhée) et à ce stade il est trop tard pour rattraper.

    • L'immunité commence à être acquise vers 6 mois mais n'est pas atteinte avant 18 à 20 mois

    • les adultes en état de stress (autour de la mise bas jusqu'au pic de lactation, lutte, animaux malades, attaque de chiens etc.) subissent une réduction de la réponse immunitaire et les L3 se reproduisent plus librement avec excrétion d’œufs.

    • Les L3 ingérées par les adultes (+ de 18 mois) avec une bonne immunité vont être stoppées dans leur développement.

 

Dans un troupeau 20% des animaux sont responsables de 80% des œufs excrétés.

L'impact néfaste des strongles va surtout affecter les agneaux de printemps.

Gérer le parasitisme en Bretagne - vivre avec les strongles . 2017
Gérer le parasitisme en Bretagne - vivre avec les strongles . 2017

 

Comment réduire la quantité de larves L3 sur les pâtures ?

 

Le graphique illustre la pression parasitaire au fil de l'année si on n'intervient pas – avec des parcelles utilisées assez intensivement (parcelles les plus pratiques , près de la bergerie, pour les mises bas etc.)

Les notions indispensables pour établir un bon plan de gestion sont énumérées ci-dessous.

                    • Bon état des animaux, bonne alimentation

                    • Connaissance des parasites, leur cycle de vie, époque de forte pression,les effets météo sur leur survie etc.

                    • Le statut immunitaire des lots

                    • Gérer les parcelles : établir les parcelles à risque chez soi. La quantité de crottes sur pâture dépend de comment la pâture est organisée. Il est quasi impossible de planifier un pâturage tournant pour éviter la pression parasitaire. Avoir des zones de couchage (ex bois) incluses dans les parcelles. Établir les rotations pour favoriser une bonne repousse de l'herbe pour une bonne alimentation et éviter de brouter trop ras. Alterner bovins/ovins dans le cas où on a les deux.

                    • Connaître les cultures – plantes intéressants pour leur effet vermifuge : Chicorée, plantes contenant des tannins etc.

                    • Gérer le troupeau (ex. si on a peu de surface on peut envisager un agnelage d'automne, un sevrage précoce avec agneaux élevés en bergerie, rentrer le troupeau la nuit etc.)

                    • Vermifuges – bien choisir qui traiter et quand , pour éviter des résistances.

                    • Génétique - certains animaux n’acquièrent pas d'immunité. Favoriser la sélection d'animaux résistants.

                    • Quarantaine – tout animal acheté est sérieusement vermifugé puis après 24h mis à pâturer sur une parcelle contaminée.

                    • Coprologies – le moyen de connaître les parasites chez soi et le degré d'infestation des lots.

Les conseils d’Émilie visent à :

Maintenir une population de parasites diversifiés et en nombre limité

 

Premier principe : ne pas cultiver les parasites

Il faut absolument empêcher les animaux d'excréter trop d’œufs dans les pâtures

  • - éviter au maximum les chargements instantanés importants, notamment avec des animaux sensibles et contaminés

  • éviter le surpâturage

  • réaliser des traitements ciblés des animaux quand ils « relarguent » trop d’œufs.

 

Le deuxième principe : ne pas traiter les animaux résistants

En plus d'économiser des traitements , ce principe permet de

  • préserver une niche de parasites diversifiés

  • de limiter la vitesse de sélection de parasites résistants

  • de stimuler l'immunité de prémunition du troupeau

 

Ensuite la gestion dynamique des parcelles passe par

  • l'évaluation de l'impact parasitaire à un instant T (avec toutes les paramètres déjà cités)

  • à proscrire : le surpeuplement même momentané en général associé à des rotations rapides, le surpâturage , les temps de séjour longs (supérieur à 21j : souvenez vous - cycles des strongles)

 

Ces journées de formation nous ont bien fait remettre en question nos pratiques et en ce début d'année 2017 il est encore temps de revoir notre plan d'action pour l'année à venir, armés d'un calendrier et plan des parcelles, plan de gestion des lots...

 

Émilie SALESSE peut intervenir en individuel ou pour animer des journées sur les thèmes sanitaires souhaités (sur toute la Bretagne et ailleurs). Dans notre Groupe Mouton elle est déjà intervenue pour un gros problème de prolapsus chez un des éleveurs et elle accompagne d'autres éleveurs en voie d'installation. Elle connaît bien les ovins et propose aussi un « contrat » avec l'éleveur où elle vient faire un diagnostique globale de l'exploitation (alimentation / statut sanitaire etc.) et ensuite elle donne des conseils sans nécessairement venir physiquement . Nous avons apprécié sa clarté et ouverture et acceptation que chacun a sa propre façon de fonctionner.

Vous pouvez la contacter :  salesse.alterveto@gmail.com
02 97 34 52 45

et si vous arriver à lire l'anglais voici le bible des néozélandais sur le sujet !

http://wormwise.co.nz/wp-content/uploads/2014/06/wormwise-handbookMay-2105.pdf

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commentaires

taveau cat 02/01/2017 09:47

super résumé de la formation. merci
Bonne année à tous les moutonniers de Bretagne et d'ailleurs

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